Biographie
« Ce que l’on sème », leur quatrième album studio, récolte ce qu’ils ont vécu. Le contexte de l’actualité nationale aurait pu piéger le groupe dans l’étroitesse hexagonale. Mais Tryo ne chante pas forcément là où on l’attend. Un titre, « Marcher droit », règle son compte à la désillusion du 6 mai 2007 et à l’ultra-libéralisme du nouveau président, tout en mettant en perspective de vrais enjeux : la valeur du libre-arbitre, le droit à la différence (« Marcher droit avec nos travers / Marcher de travers mais dans nos droits »).
Mais de la même façon que le groupe a choisi de s’impliquer encore plus activement au côté de l’association Greenpeace pour souligner des urgences à l’échelle mondiale, sa musique et ses textes ont voyagé avec la curiosité de globe-trotters.
Moins frontal peut-être que dans « Mamagubida » (1998), « Faut qu’ils s’activent » (2000) et « Grain de sable » (2003), l’engagement de « Ce que l’on sème » sait user de la poésie et des métaphores pour sensibiliser l’auditeur aux soubresauts du monde. Par la voix « rastagénique » de Guizmo, c’est un arbre qui prend la parole dans « Tombé mal » pour interpeller l’homme qui, par la déforestation, se fait encore plus de mal à lui-même qu’à la forêt. Comme souvent dans ce disque, la thématique d’une chanson pousse la musique vers d’autres continents. Ici le chant en dialecte Eton de la Camerounaise Sally Nyolo imprègne le morceau d’animisme africain.
De la même façon, la passion de Manu pour les raggas hypnotiques de la musique indienne a pu illustrer « Arhundati Roy », consacré à la romancière du même nom, célèbre pour son activisme pacifiste et social dans la patrie de Gandhi. Autre horizon, celui de la cause Touareg évoquée dans « Abdallah » au son de la guitare slide de Daniel Jamet (ex Mano Negra) gorgée de ce blues dont aiment jouer les « hommes bleus ».
Le reggae acoustique reste un vecteur de conviction, de chaleur, de mélodies vocales dont les entremêlements sont particulièrement bien mis en valeur par la production de Dominique Ledudal. Premier single tiré de l’album, « Toi et moi » confronte l’omniprésence de l’information, la dureté des temps et la singularité d’une histoire d’amour, le plaisir fragile de l’instant présent. Pont parfait entre le Tryo d’hier et celui d’aujourd’hui, le morceau fusionne l’évidence des contretemps jamaïcains et le raffinement des arrangements de cordes de Vincent Segal (présent dans quatre autres titres).
Enregistré dans l’isolement reposant d’une vieille et grande maison de Saint-Rémy de Provence, « Ce que l’on sème » résonne aussi de la tendre nostalgie des musiques brésiliennes. Une samba, guidée par les percussions de Pablo Mendez, finit par envahir « Quand les hommes s’ennuient ». La féminité mélancolique d’une bossa chantée par Mali porte idéalement l’histoire de cette femme en quête d’enfant dans « Une saison de trop ». Décoré de l’émouvante trompette d’Ibrahim Malouf, « El dulce de leche » vibre également d’une fibre latine pour évoquer cette chronique intime de l’émigration et du statut de réfugié politique, inspirée du parcours de Daniel, le percussionniste chilien du groupe.
Cette musicalité rayonnante, en phase avec l’humanisme alter mondialiste du quatuor, perdrait de sa vigueur sans la dose nécessaire d’humour et de légèreté. Ska endiablé, boosté par la fanfare des Fils de Teuhpu, « Jocelyne » et son histoire de cœur « piercé » laisse entrevoir de belles fêtes scéniques. Chez Tryo, c’est aussi « ce que l’on aime ».






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keke, le 12 juil. (18:07)
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When you are in a not good position and have got no money to go out from that, you...
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